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Bilan 2019 et perspectives 2020

Les bonnes performances des marchés en 2019 sont une fois de plus à mettre au crédit des banques centrales, et de la Réserve Fédérale américaine (Fed) en particulier. En effet, après avoir tenté de normaliser sa politique monétaire en 2019, la banque centrale américaine a repris le chemin de l’accommodation, portant la performance des actifs de manière tout à fait symétrique à 2018. Cependant, alors que la croissance économique a fortement décélérée et que les bénéfices des stimuli monétaires s’affaiblissent, l’année 2020 demandera plus de sélectivité et de flexibilité en matière d’allocation d’actifs. Il faut également tenir compte des impacts du changement climatique et de la digitalisation, tant sur la croissance et les prix que sur les conflits sociaux et l’incertitude politique. Pour naviguer au mieux cette année et la nouvelle décennie, nous souhaitons partager nos convictions en matière d’allocation d’actifs.

David Seban-Jeantet
CIO au sein de Société Générale Private Wealth Management

Retour sur les performances 2019

Après une année 2018 délétère, les performances enregistrées en 2019 sont de très bonne facture. Les marchés actions mondiaux progressent ainsi de plus de 25%, la meilleure année depuis 2009. Si ces performances peuvent sembler exceptionnelles, en cumulant 2018 et 2019 elles paraissent en réalité en ligne avec les moyennes de long terme. Nombre d’investisseurs se demandent néanmoins si de telles performances en 2019 ne sont pas annonciatrices d’une baisse en 2020.
Pour tenter de répondre à cette question, nous avons analysé les performances des marchés actions lors de l’année qui suit une année de hausse des marchés de 25% et plus. Il en ressort que ces performances sont alors majoritairement positives, avec une performance moyenne qui atteint 11% l’année. Mais prenons un peu de recul : sur 140 ans d’histoire des marchés actions aux Etats-Unis, nous vivons le quatrième plus long marché haussier avec près de 11 années de hausse.

La prise en compte des enjeux climatiques et sociétaux devient centrale dans la définition d’une allocation d’actifs à moyen terme qui repose sur des ancrages de croissance solide.

David Seban-Jeantet
CIO au sein de Société Générale Private Wealth Management

Croissance atone et moindre efficacité de la politique monétaire

Après un net ralentissement des perspectives dans le secteur manufacturier, les indicateurs avancés dans les services commencent également à marquer le pas. La signature des accords de Phase 1 entre la Chine et les États Unis ne doit pas faire oublier que les niveaux des droits de douanes sur les importations chinoises resteront bien plus élevés qu’avant le début de la guerre commerciale. De plus, le choix de l’administration américaine de signer des accords commerciaux bilatéraux prévoyant la hausse des importations des pays en situation de déficit commercial avec les États-Unis risque d’amputer les exportations d’autres pays – dont ceux de la zone Euro - par effet de substitution. En dépit des avancées, l’effet de la guerre commerciale sur la croissance est loin d’avoir disparu et l’incertitude politique restera de mise en 2020. La consommation des ménages demeure l’ilot de prospérité de la croissance mondiale, grâce à la dynamique de la baisse des taux d’intérêt et à une décennie de désendettement. En revanche, les créations d’emplois devraient subir le
contrecoup de la baisse de la rentabilité des entreprises.

Prise en compte des enjeux du changement climatique

La prise en compte des enjeux climatiques devient une réalité dans les décisions d’allocation d’actifs. Les émissions de gaz à effet de serre ont doublé au cours des 50 dernières années et il faut mettre en oeuvre des actions de grande envergure pour contenir la hausse de la température de la terre à moins de 2°C par rapport à l’ère préindustrielle. L’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, la mobilité, la construction mais également l’agriculture durable sont autant de secteurs d’activité qui foisonnent d’innovations. La sélection de sociétés leaders d’opinion et à la pointe de la lutte contre le réchauffement climatique permet d’offrir un surcroit de visibilité sur la croissance future mais également de prendre en compte les risques liés aux « actifs bloqués », ces investissements dans des technologies qui ne respecteront plus les nouvelles contraintes climatiques.

Revisiter la thématique de la technologie au sein des pays émergents

D’un point de vue sectoriel, le secteur de la technologie permet de bénéficier d’une croissance largement endogène et résiliente, et ce alors que les perspectives économiques ne sont pas particulièrement réjouissantes. Si les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Amazon) continuent d’occuper le devant de la scène, Baidu dans l’intelligence artificielle, Alibaba dans le e-commerce, Tencent dans l’internet ou encore Xiaomi dans la téléphonie, occupent également depuis la Chine des positions enviables. En Chine, le volume des ventes lors du « Singles’ day », est déjà cinq fois plus élevé que pour le Black Friday. Le poids de la technologie dépasse aujourd’hui les 15% dans l’indice MSCI Emerging Markets et plus de 20% avec le e-commerce.

Privilégier l’or comme actif de diversification

Dans une optique de diversification de portefeuille, l’or redevient un actif à considérer. Dans un environnement où une part importante des marchés obligataires présente des taux d’intérêt négatifs (12 tr de dollars soit 20% du stock d’émissions), le portage de ces obligations présente un coût pour l’investisseur. Le métal jaune conserve sans aucun doute son statut de valeur refuge et pourrait constituer une réserve de valeur en cas de hausse tendancielle de l’inflation. Un scénario rendu plus probable par la hausse des coûts induits par la nécessaire adaptation du mix énergétique pour contenir le réchauffement climatique.

En conclusion, si les marchés financiers restent installés sur des tendances haussières, le cycle est déjà bien avancé en comparaison des précédents. La prise en compte des enjeux climatiques et sociétaux devient centrale dans la définition d’une allocation d’actifs à moyen terme qui repose sur des ancrages de croissance solide. La flexibilité de l’allocation et la visibilité sur la croissance seront les maîtres mots pour produire une performance de gestion pérenne au cours des prochaines années.

Écrit par David Seban-Jeantet (Société Générale Private Wealth Management)
Publié Le 07.02.2020 sur l'Agefi Luxembourg